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13.03.2008

Cantique [Part.II]

Elle m'attendait sur son lit, assise en tailleur, le téléphone vissé à l'oreille, le pc portable ouvert à côté d'elle jouant de l'amy winehouse à tue-tête.
Nos regards se croisent, se jaugent, s'auscultent. Stupeur !! Je ne la reconnais pas vraiment...
Quelle drôle d'impression! Sur le moment, je flippe un peu, elle ne me plaît pas autant que je le croyais. Je suis perturbé. "Il ne se passera rien" me dis-je...

[ Mode réflexion On ]
Comment peut-il en être autrement? On ne se connaît que par chat, e-mails, SMS interposés. Je n'ai vu que deux photos d'elle dont une ne montrait qu'un tee-shirt et sa poitrine moulée par ce tee-shirt! Je ne suis rien d'autre qu'un naïf doublé d'un expérimentateur trop curieux. Je me reconnais bien là, tiens.
Je connais pourtant les ficelles d'une rencontre issue d'un site de rencontres, les pièges à éviter dont celui de ne pas se laisser séduire uniquement par des écrits sans avoir jamais vu (ou presque) la demoiselle. Je connais la musique. Mais on s'écrit des choses qu'on serait incapable de dire. Les mots dépassent toujours nos pensées. Le décalage se crée bien là.
[ Mode réflexion Off ]


Ce n'est pas exactement l'accueil que j'espérais, il est froid et distant. Où sont nos échanges pétris de chaleur, de complicité et presque de sentiments (n'ayons pas peur des mots). Je croyais revoir une amie que je n'avais pas vu depuis longtemps mais avec qui le dialogue renoue instantanément là où il s'était arrêté.
On en était à : "J'ai hâte, j'ai envie d'un câlin"...
J'ai vraiment l'impression d'être l'étranger qui débarque dans le saloon, la musique s'arrête, le pianiste se retourne, le barman n'essuie plus son verre, l'assistance attend qu'il se décide à choisir une chaise afin que la vie reprenne son cours.
Je choisis donc le seul fauteuil présent en face de son lit et je m'installe. J'aperçois sur la table basse la vodka et deux verres...
Elle raccroche. Elle reste là à me regarder. Je me rends compte sa grande timidité, limite autiste, toujours en tailleur, à se balancer d'arrière en avant, d'avant en arrière.
Elle me demande de lui servir une vodka, elle a déjà bien entamé la bouteille et je fais de même pour moi, histoire de se détendre un peu. Le dialogue va reprendre. Le puzzle se reconstruit, on retrouve peu à peu le fil de nos discussions passées, on écoute de la musique, on se rassure, on échange, on rit, on se taquine. Mes impressions changent, sous sa carapace, j'aperçois une fragilité, une douceur, une féminité, elle me séduit à nouveau, le blocage du début se dissipe enfin. Elle me plaît à nouveau.

Elle est timide, c'est vrai, mais il y a autre chose, elle ressent le besoin de me faire un aveu. Subtilement, elle revient sur son amie suicidée, elle évoque ce qui s'est passé. Elles avaient les mêmes craintes, elle éprouvaient les mêmes angoisses, elles partageaient le même mal être.

Elles avaient prévu une date...

Et là, j'ai compris...Cantique aussi est suicidaire. Le choc. La claque. L'incompréhension.
Elle me raconte un peu son enfance, son père, l'inceste, sa vie détruite si jeune, la violence de son ex-copain. C'est trop pour moi mais je reste à l'écouter comme fasciné. Elle ne pleure pas, digne, forte, elle ne faiblit pas.
Ça va mieux en le disant, ses traits se détendent, elle sourit. On parle beaucoup. Je tente de comprendre, d'analyser, de trouver des solutions mais je suis face à un psy, je peux remballer mon numéro. En fait, Il est des choses qu'on explique pas, les mots paraissent bien dérisoires dans certains cas. Je me sens piteux d'avoir eu une vie saine, sans histoires.

La vodka trouble mon cerveau, le ton est plus léger et j'ai envie de l'embrasser. Je me lève et trouve un prétexte pour être avec elle sur le lit, on grignote du chocolat, on s'effleure, on échange un baiser. Je ne sais pas si c'est bien ou mal. J'en ai envie et elle aussi.
La nuit continue sur les rythmes d'Amy, tout n'est plus que tendresse et douceur. La nuit nous appartient.

à suivre

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